« les origines animales de la cultre » D. Lestel, Ed° Flammarion, 2001.

 

-         Définition, selon Benjamin Beck, d’« Outil » = « (…) l’emploi d’un objet qui se trouve dans l’environnement, mais qui reste détaché de son support pour altérer le plus efficacement la forme, la position ou la condition d’un autre objet, d’un autre organisme ou de l’utilisateur lui-même. Ce dernier le tient ou le porte pendant son usage ou juste avant, et il est responsable de son orientation effective. » p.63

 

-         « On appellera médiations de l’action les aides écologiques qui permettent à l’animal de transformer ses performances et ses compétences, en changeant la nature de leur déroulement, ou en augmentant leur champ d’action. » déf. élargie de l’outil ; prend en compte le comportement technique p. 67

 

-         « La culture ne requiert pas seulement un processus d’apprentissage social pour produire une transmission crédible de l’information, mais également un mécanisme qui garantisse la permanence de l’information entre les événements de transmission. (…) trois mécanismes de transmission de l’information sont susceptibles de conduire à des comportements culturels : l’imitation ; l’enseignement et l’apprentissage coopératif ; enfin, la canalisation sociale. » p. 108

 

-         Définition  de« culture » selon Mc Grew tiré de Kroeber en 1928 : « Six conditions sont requises pour parler de culture : des comportements nouveaux doivent émerger, ils doivent être disséminés dans le groupe à partir de l’inventeur, être standardisés, durer et être diffusés par l’intermédiaire d’authentiques traditions. » p. 108

 

-         à propos des cachalots : « On repère également des différences non vocales entre les groupes de cachalots, en particulier dans leurs utilisations de l’espace (…). (…) on peut supposer l’existence de traditions différentes de combat pour faire face aux prédateurs. » p. 137

 

-         Définition « pour expliquer l’apprentissage social sans faire référence à l’imitation. » « émulation » = « (…) pendant laquelle les buts de l’animal sont influencés par le spectacle des actions d’un congénère. » p. 153

 

-          « Les stratégies d’apprentissage (…) ne requièrent pas d’enseignement(…). Un animal peut apprendre sans qu’un autre lui montre explicitement ce qui doit être fait. Ces procédures peuvent être subtiles et complexes. » p. 153

 

-         « Ce n’est pas un hasard s’ils se sont produits spontanément dans des paires non perturbées mères-enfants, évoluant dans leur habitat naturel. Ces conditions sont rarement remplies dans les études qui portent sur des animaux captifs, et cette situation peut directement expliquer les raisons pour lesquelles ces études ne mettent pas en évidence des procédures d’imitation ou d’enseignement. » p. 156

 

-         « Une étude des enfants au Nigeria et en Angleterre (…) décrit des mères qui n’enseignent quelque chose à leurs enfants (6 à 14 ans) que dans 0.1% de toutes les interactions avec eux. » p. 156

 

-         « (…) 6 fonctions d’aide : le recrutement (le modèle attire l’attention de l’enfant sur une tâche), l’échafaudage (le modèle simplifie la tâche en réduisant le nombre d’actes requis pour atteindre la solution), la maintenance de direction ( le modèle soutient l’intérêt de l’enfant dans sa recherche de la solution), le marquage des caractéristiques (le modèle accentue certaines caractéristiques de la tâche), le contrôle de la frustration (le modèle rend facile la recherche de solution), la démonstration (le modèle fournit à l’enfant de l’information sur la façon d’effectuer une tâche). » p. 157

 

-         « Définir la culture à partir des mécanismes de transmission sur lesquels est basée celle de l’humain est contre-productif et anthropomorphique d’un point de vue évolutif. Les cultures humaines sont fondées sur des mécanismes d’apprentissage, d’enseignement et d’imitation qui sont propres aux humains, mais elles ne sont pas représentatives du phénomène culturel à son niveau le plus général ; Toutes choses égales par ailleurs, c’est comme si, en tenant un tel raisonnement, on considère que les humains sont les seuls à avoir une locomotion parce qu’ils sont bipèdes, alors que de très nombreux animaux ont une locomotion qui ne passent pas par la bipédie. » p. 158

 

-          « Quand des animaux très mobiles rencontrent des conspécifiques de groupes différents, il est important qu’ils disposent de systèmes de signature flexibles et sophistiqués. Dans ces cas, des dialectes socialement transmis sont très subtiles. » p. 159

 

-          à propos des orques et des cachalots : « L’une des conséquences de cette situation est d’accentuer ce qu’on a appelé la « coévolution gène-culture »,  c’est-à-dire l’évolution qui lie des gènes d’une population animale et celles de ses comportements culturels. Les techniques d’approvisionnement spécifiques au groupe et transmises culturellement sont à l’origine des différents groupes d’orques qui ont maintenant des spécificités génétiques et morphologiques. » p. 160

 

-          « Deux positions sont tout particulièrement difficiles à tenir. La première stipule que les cultures humaines sont, par nature, différentes des cultures animales. La deuxième considère qu’il existe seulement des différences de degré entre cultures humaines et cultures animales. Une troisième thèse, plus réaliste à mes yeux, défend l’idée que cultures animales et cultures humaines ont une origine commune, mais qu’elles sont séparées par des différences intrinsèques de même nature que celles qui séparent une société de fourmis et une société de chimpanzés. Les différences entre les deux types de culture appartient à une même logique évolutionniste, mais elles ont des caractéristiques radicalement étrangères les unes aux autres. Rien ne justifie d’attribuer aux cultures humaines un statut spécial, alors qu’un statut particulier est largement suffisant. (…) Le fond du problème réside bien plutôt dans l’extrême difficulté que nous avons à penser la diversité du vivant et dans notre propension à transformer une différence de nature à l’intérieur du vivant en différence de nature en dehors du vivant. L’homme n’est pas sorti de l’état de nature, mais il en a exploré avec succès une niche extrême, au même titre que la faune des profondeurs sulfurées de l’océan.» p.162

 

-         « Une caractéristique de l’homme n’est pas seulement sa capacité à communiquer de manière symbolique, mais aussi sa propension à en garder des traces et à y avoir un accès sans limite intrinsèque. » p. 164

 

-          « Quand nous évoquons la créativité des cultures humaines par opposition aux cultures animales, nous avons en tête la créativité de certains humains que nous comparons à l’ensemble des animaux. » p. 165

 

-          « (…) les animaux peuvent-ils être rationnels, tout en l’étant très différemment de nous ? Notre rationalité est-elle suffisamment développé pour rendre compte d’une rationalité qui lui est étrangère ? » p. 169

 

-          « Les vocalisations de certains animaux présentent des distinctions individuelles ou régionales (…) chez de nombreux mammifères (…)loup(…). » p.173

 

-          cf. Gregory Bateson avec observation sur des loups au  Brookfield Zoo de Chicago. p. 185

 

-          « Pour lui [Bateson], la grande nouveauté du langage humain est de pouvoir parler d’autre chose que de relations. » p. 186

 

-          caractéristiques du jeu : « (…) comportements instinctifs normaux de l’animal dans des séquences incomplètes et variables, répétition de composants isolés, tendance à exagérer certains mouvements, inhibitions sociales, précautions pour éviter de blesser le partenaire, utilisation possible d’objets inanimés ou d’individus d’autres espèces comme compagnons de jeu de substitution, interruption possible à chaque étape du jeu par un stimulus plus fort, transmission du goût du jeu à d’autres individus, degré de liberté dans l’invention de nouveaux jeux individuels ou expérimentaux et nouvelles coordinations nerveuses ou musculaires. » p. 200

 

-          déf. selon Tim Caro du jeu = « On appelle jeu toute activité locomotrice accomplie après la naissance, qui semble, aux yeux d’un observateur, n’apporter aucun bénéfice immédiat évident au joueur et dans laquelle des séquences motrices ressemblant à celles utilisées dans des contextes fonctionnels sérieux peuvent être mises en œuvre sous une forme différente. » p. 203

 

-          « Le comportement est caractérisé par l’unité d’une succession temporelle de mouvements ; c’est une « mélodie du mouvement » que chantent « deux voix », la situation et le sujet. (…) Cette modification de la subjectivité de l’animal n’est possible que parce que l’animal est un sujet. Ni le rat, ni le chien ni le singe ne réagissent automatiquement à la structure des choses ; ils l’interprètent, et en ce sens ils sont très proches de la façon d’être de l’humain. Ils s’ils ont cette liberté, c’est parce que l’expression de leur comportement dépend de leur histoire. » p. 251

 

-          « Buytendijk oppose l’organisme au  sujet. La plante est un organisme. La cellule ou l’organe aussi. Les uns comme les autres représentent sans doute une unité de signification ; mais ils ne font rien. L’animal est sujet parce qu’il pratique un mode d’existence qui place sa réceptivité aux significations intelligibles en même temps qu’il crée lui-même ces significations auxquelles il réagit de façon intelligente. » p. 252

 

-          « (…) le phénomène culturel est inscrit dès les origines dans le vivant, comme espace particulier de développement  de la liberté et de l’individu. » p. 287

 

-          « Quels sont les écarts  signifiants du vivant par rapport à la nécessité (nécessité de leur génétique et nécessité de leur écologie), et comment un sujet émerge-t-il du jeu de ces écarts ? C’est la question même du phénomène culturel. » p. 287

 

-          « La question de la culture peut dès lors être posée dans toute sa plénitude, comme celle de l’espace physique, social, individuel et comportemental par lequel l’organisme développe une expérimentation par rapport aux nécessités auxquelles il est soumis, et les fait jouer les unes contre les autres. La culture est une individuation par le collectif. (…) L’animal doit être considéré comme un sujet, capable d’expression, d’identité et d’expression corporel, en particulier. (…) L’expressivité est une propriété du vivant, et elle conduit à son individuation. » p. 290-291

 

-          Erwin Straus : « Pour l’animal, tout est manifestation expressive- qu’il s’agisse des couleurs, des sons, des odeurs, des formes ou des mouvements- et c’est de cela seul qu’il a l’expérience vécue. » p. 292

 

-          « Le phénomène culturel est intrinsèque au vivant, et les médiations de l’action, du jeu, de l’enfance, de l’expression corporelle et de l’individuation en sont les précurseurs essentiels. » p. 294

 

-          « J’ai montré que les travaux qui portent sur les techniques animales conduisent immanquablement à parler de comportements culturels chez certains animaux et que la question des communications animales conduit inéluctablement à celle de sujet animal, si centrale dès que l’hypothèse culturelle est posée (…) » p. 301